Histoire

Par Mme Elisabeth Zadora-Rio (*)

L'église est mentionnée pour la première fois en 1139 dans un document de confirmation des domaines de l'abbaye de Cormery, délivré par le pape Innocent II, qui mentionne également la chapelle Sainte-Foy. Celle-ci était située dans l'enceinte du château d'Ussé et fut plus tard le siège d'un prieuré de l'abbaye. L'ermitage Saint-Paul, un peu plus à l'Est, est mentionné pour la première fois en 1180. Selon une légende rapportée au XIIe siècle, c'est là qu'aurait été inhumé Keu, le sénéchal du roi Arthur, fondateur de la Table Ronde.

Les fouilles effectuées par le laboratoire Archéologie et Territoires ( CNRS - Université de Tours)  entre 1986 et 1999, ont mis au jour sous l'église actuelle, les vestiges de deux églises antérieures, la première construite à la charnière des VIIe et VIIIe siècles, la seconde à la fin du Xe siècle. Elles ont révélé également , autour de l'église, l'existence de vastes bâtiments de pierre, contemporains de la première église. A cette époque, Rigny était un domaine du monastère Saint-Martin de Tours. La Riniaco colonica est mentionnée en effet dans les documents comptables du monastère, à la fin du VIIe s. avec sept tenanciers dont les noms sont parvenus jusqu'à nous. Ils cultivaient de l'orge, du seigle, de l'avoine et du froment.

A partir de la première moitié du VIIIe siècle, les bâtiments de pierre sont peu à peu tombés en ruine et leur  emplacement a été occupé progressivement par des sépultures. Le domaine de Rigny a sans doute été donné à l'abbaye de Cormery lors de la fondation de cette dernière en 791 par Ithier abbé de Saint-Martin de Tours. L'église actuelle qui date des XIe et XIIe siècles est beaucoup plus grande que les deux églises qui l'ont précédée.

Curieusement, le centre de la croisée du transept est occupé par un escalier descendant vers ce qui apparaît comme un mur de crypte, d’une part, et un puits, d’autre part. Le tout est actuellement sous eau. En effet, depuis le milieu du XVIIIe siècle. (mais seulement depuis) il est fait mention d’une source miraculeuse qui guérirait « le mal des femmes ». La relation entre l’occupation funéraire d’un lieu de culte et l’existence d’une « source miraculeuse » sur le site, bien que probablement fort ancienne, n’est à ce jour ni formellement établie ni datée.

Les fouilles ont aussi révélé que cimetière et habitations se côtoyaient autour de l’église ; se déplaçant vers le sud de l’église, les habitations ont fini par disparaître, laissant un cimetière de quelque 720 m2 qui restera « en activité » jusqu’en 1865 comme il est dit ensuite.

Au XVe siècle. la région de Saint-Benoît-la-Forêt et de Rigny est un lieu de séjour régulier du roi Louis XI qui vient à la messe à Notre Dame de Rigny et y signe des ordonnances et des lettres missives.

Au fil des siècles, et certainement depuis le XVIe siècle, le hameau de Rigny, de son vallon, s’est déplacé vers le bourg d’Ussé, à proximité du château. L’église  Notre Dame et le cimetière restèrent néanmoins le centre de culte et d’inhumation de la paroisse de Rigny jusqu’au milieu du XIXe siècle. Jusqu’à ce moment, un chapitre de moines desservait l’église du château, et les notables du village étaient enterrés dans les terres du château. L’accès à l’église paroissiale était bien inconfortable : on allait du bourg (près du château) à l’église, par un sentier appelé « le chemin de la messe », qui traversait la forêt jusqu’à l’entrée ouest de l’église, sentier qui existe encore à ce jour. En effet le « talweg » (la ligne la plus basse d’une dépression) du vallon n’a été aménagé de façon carrossable  qu’en 1843 !

Sous Napoléon III, quatre cinquièmes de la population du village habitent « Ussé » (autour du château) et non plus « Rigny » (dans le vallon). A cette époque, la Marquise de La Rochejaquelein, propriétaire du château d’Ussé, reçoit un important héritage d’une dame Georget, à charge de faire construire une nouvelle église dans le bourg d'Ussé. Suite aux arrangements conclus avec la commune :

- la nouvelle église est construite (1858 – 1859),

- la commune cède l’église de Notre Dame de Rigny à Mme de La Rochejaquelein (avec quelques ares de terrain autour), sous la condition de la maintenir en état et d’en garantir l’accès aux pèlerins et autres manifestations du culte,

- Mme de La Rochejaquelein cède un terrain à la commune pour y créer le nouveau cimetière communal, « mis en service » en 1865.

Notre Dame se retrouve donc être propriété du château … et bien seule dans son vallon. En 1885, la famille de Blacas acquiert le château et le possède depuis lors. Elle entretient également l’église Notre Dame de Rigny. En 1930, le comte Louis de Blacas, maire de Rigny Ussé, fait classer l’église Monument Historique, avec les avantages et les inconvénients que cela comporte : obligation d’entretien, travaux sous contrôle des architectes des Monuments de France et subsides limités. De fait, dès après la guerre 1940-1945, certains travaux sont accomplis : trois « chaînages » (tiges métalliques traversant le bâtiment de part en part pour solidariser les parois extérieures) sont posés, mais l’église ouverte à tous vents, se dégrade rapidement par vandalisme et jusqu’à l’effondrement d’une partie de la voûte de la nef. Fin des années 70, la famille de Blacas propose à la commune de Rigny Ussé de racheter les lieux mais celle-ci refuse, devant l’immensité de la tâche.

En 1983, l’église et 22 ares de terrain autour sont vendus pour un franc symbolique à l’ « Association du parc forestier de Teillay», présidée par le Dr Marc Jacquet. 

Bibliographie

Les résultats des fouilles archéologiques sont publiés dans trois rapports :

Zadora-Rio, Galinié 1992

Zadora-Rio E., Galinié H. /et al/. - Fouilles et prospections à Rigny-Ussé (Indre-et-Loire), rapport préliminaire 1986-1991. /Revue Archéologique du Centre de la France/, 31 : p.75-166.


Zadora-Rio, Galinié 1995

Zadora-Rio E., Galinié H. /et al/. - La fouille de l’ancien centre paroissial de Rigny (commune de Rigny-Ussé, Indre-et-Loire), deuxième rapport préliminaire (1992-1994), /Revue Archéologique du Centre de la France/, 34 : p.195-249.


Zadora-Rio, Galinié 2001

Zadora-Rio E., Galinié H. /et al/. - La fouille du site de Rigny, 7e-19e s (commune de Rigny-Ussé, Indre-et-Loire) : l’habitat, les églises, le cimetière, Troisième et dernier rapport préliminaire (1995-1999), /Revue Archéologique du Centre de la France/, 40 : p.167-242.


L'étude anthropologique des squelettes a fait l'objet d'une étude de Christian Theureau qui est publiée en ligne :

*Christian Theureau*, « Étude anthropologique d’un cimetière de paroisse rurale : les sépultures (8e-19e s.) de Rigny (Rigny-Ussé, Indre-et-Loire) »,  URL : http://racf.revues.org/index806.html.


En ligne également :

> -  La colonge de Rigny aux 7e-8e s. : http://a2t.univ-tours.fr/notice.php?id=61

> -  Les 3 églises successives : http://a2t.univ-tours.fr/notice.php?id=190

> -  Le centre paroissial et le cimetière : http://a2t.univ-tours.fr/notice.php?id=191

Nous signalons par ailleurs :


E. FILLETEAU - Monographie de la commune de Rigny-Ussé – (1898).

X. de CHRISTEN et P. LEVEEL – Cahiers de la Ligue urbaine et rurale (LUR) – L’année Louis XI (1484-1983) sauvera-t-elle N-D de Rigny ? (1983).

P. LEVEEL – Bull. Amis du vieux Chinon – Louis XI en Chinonais – (1995).

M-P SUBES-PICOT – Bulletin monumental. Vol. 148-IV – Découverte de peintures murales du XIVe s  et du XVe s dans l’église Notre-Dame de Rigny.


(*) – Elisabeth Zadora-Rio - Archéologue médiéviste, directrice de recherche émérite au CNRS, elle appartient au Laboratoire Archéologie et Territoire, qui est une équipe de l’Unité Mixte de Recherches CITERES (Université de Tours- CNRS). Ses recherches portent principalement sur l'habitat rural, l'archéologie funéraire et la formation des territoires paroissiaux.